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Critique « Le Nom du Vent », Patrick Rothfuss

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Le Nom du Vent

Les préjugés sont tenaces ; la littérature ne fait pas exception. Nombreux sont les « sous-genres », soi-disant dénués de sérieux, de valeurs (vous savez, on peinerait même à appeler ça de la littérature). La science-fiction en est sans doute l’étendard avec sa sœur de toujours : la fantasy. On a affublé à cette dernière des montagnes de codes, marqués par des siècles de chefs d’œuvres et de contes. Ceux d’Homère, J.R.R Tolkien, C.S. Lewis ou encore George R.R. Martin, qui touchent aux mondes en-dehors de toute réalité, régis par leurs propres règles, par la magie ou la présence récurrente d’elfes, nains, dragons en tous genres. Rajoutez à votre préparation un orphelin, un assassin, une prophétie oubliée et ça y est : vous pouvez vous aussi vous lancer – et adjoindre votre ouvrage aux côtés de centaines (milliers ?) d’autres publiés suite à l’engouement provoqué par le Seigneur des Anneaux.

Voyez : on pourrait dire du livre de Patrick Rothfuss que c’est l’histoire d’un jeune garçon dans un monde parallèle qui a connu une enfance tragique et qui veut tout faire pour apprendre la magie dans une école pour venger ses parents. (Cela ne vous rappelle rien ?) Mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est très important c’est que ce travers scénaristique… n’est qu’un travers scénaristique ! Et que ce n’est en rien lui qui détermine si un livre sera bon ou non, et ce de même pour un film. Le Nom du Vent excelle par ses petites choses. Toutes ces scènes, ces pépites, ces tours de phrases qui tirent immanquablement un sourire.

Le livre repose sur le personnage principal, Kvothe, qui nous raconte sa propre histoire dans le présent, alors qu’il se terre dans une auberge et cherche à se faire oublier. On sait que des légendes à son sujet s’essaiment dans le monde entier depuis des années, comme on raconterait un mythe datant de la nuit des temps. le_nom_du_vent_original_artworkDes légendes que Kvothe a en partie construites, au fil de sa jeunesse, qu’il retrace chronologiquement pour Chroniqueur, un scribe désirant connaître la véritable histoire. On a ainsi la vision de ce héros usé sur lui-même, qui n’hésite pas à offrir des détails savoureux composant peu à peu un puzzle monumental dépassant largement la simple anecdote. Kvothe est un génie, un musicien hors pair, et certes, un héros, mais Patrick Rothfuss n’oublie pas que, pendant un bon moment de l’histoire, Kvothe est aussi un adolescent, avec de la répartie, une fougue, et une grande inexpérience de l’amour. Son personnage est toujours sensible, et ne s’éloigne jamais du lecteur pour devenir… trop.

Patrick Rothfuss a travaillé sur son histoire pendant une quinzaine d’années. Autant d’années à traquer le bon mot, à s’interroger sur ses personnages, à faire du détail un art – un art qui fasse sens. Ce n’est pas un hasard si une des disciplines les plus mystérieuses et plus puissantes que Kvothe finit par appréhender se fait avec Elodin, le Maître Nommeur : revenir au mot, à la base la plus totale pour comprendre le monde. Ce livre est humble. L’épique des situations ne se situe pas dans une guerre qui décidera de la domination du bien ou du mal. L’épique se situe dans la simplicité, dans un rythme humain qui confère aux personnages encore plus d’honneur. Le prologue en est le plus parfait exemple.

Patrick Rothfuss signe un premier grand roman et offre un nouveau visage à la fantasy, plus contemplatif, serein, et incroyablement poétique. Les hordes de lecteurs trépignent d’ores et déjà d’impatience… Et ne faites pas les fiers ! Vous ferez bientôt partie de leurs rangs.

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