Manifeste

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C’est à petit pas que l’on avance.

La Volte, la Volution, c’est un idéal. C’est une force vive, un feu à chérir, mais pas une fin en soi. La justesse se trouve dans l’écoute, dans l’échange et dans le pas à pas. « On n’est pas si mal… » ATTENTION !! Attention au mythe de la « souffrance » (cf le monologue de Capt qui estime que parce que l’on souffre moins qu’auparavant on devrait fermer nos gueules et laisser filer).

Mais c’est savoir agir, non pas sur pur stimulis, mais par conviction profonde – tout en étant pas assez con pour rester vrillé à 300% dessus. C’est accepter d’avoir tort – pour peu que l’on soit honnête en face. Sinon c’est se battre. C’est s’entraîner. C’est ne pas oublier. C’est chérir l’instant, c’est être très exigeant, être dur avec soi-même un temps, puis après se récompenser.

C’est ça.

Vivre.

Juste.

Etre un volté. C’est pas forcément être un zadiste de toutes les manifs, non. Ce serait extrêmement réducteur. C’est inventer ! Oser ! Secouer les normes ! Être humain. Défendre l’humain. Et toujours voir plus loin…

PS : et ne pas s’en vouloir le soir d’être trop fatigué pour sauver de lui-même le monde entier.

Rainbow at dawn

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Critique « Le Nom du Vent », Patrick Rothfuss

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Le Nom du Vent

Les préjugés sont tenaces ; la littérature ne fait pas exception. Nombreux sont les « sous-genres », soi-disant dénués de sérieux, de valeurs (vous savez, on peinerait même à appeler ça de la littérature). La science-fiction en est sans doute l’étendard avec sa sœur de toujours : la fantasy. On a affublé à cette dernière des montagnes de codes, marqués par des siècles de chefs d’œuvres et de contes. Ceux d’Homère, J.R.R Tolkien, C.S. Lewis ou encore George R.R. Martin, qui touchent aux mondes en-dehors de toute réalité, régis par leurs propres règles, par la magie ou la présence récurrente d’elfes, nains, dragons en tous genres. Rajoutez à votre préparation un orphelin, un assassin, une prophétie oubliée et ça y est : vous pouvez vous aussi vous lancer – et adjoindre votre ouvrage aux côtés de centaines (milliers ?) d’autres publiés suite à l’engouement provoqué par le Seigneur des Anneaux.

Voyez : on pourrait dire du livre de Patrick Rothfuss que c’est l’histoire d’un jeune garçon dans un monde parallèle qui a connu une enfance tragique et qui veut tout faire pour apprendre la magie dans une école pour venger ses parents. (Cela ne vous rappelle rien ?) Mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est très important c’est que ce travers scénaristique… n’est qu’un travers scénaristique ! Et que ce n’est en rien lui qui détermine si un livre sera bon ou non, et ce de même pour un film. Le Nom du Vent excelle par ses petites choses. Toutes ces scènes, ces pépites, ces tours de phrases qui tirent immanquablement un sourire.

Le livre repose sur le personnage principal, Kvothe, qui nous raconte sa propre histoire dans le présent, alors qu’il se terre dans une auberge et cherche à se faire oublier. On sait que des légendes à son sujet s’essaiment dans le monde entier depuis des années, comme on raconterait un mythe datant de la nuit des temps. le_nom_du_vent_original_artworkDes légendes que Kvothe a en partie construites, au fil de sa jeunesse, qu’il retrace chronologiquement pour Chroniqueur, un scribe désirant connaître la véritable histoire. On a ainsi la vision de ce héros usé sur lui-même, qui n’hésite pas à offrir des détails savoureux composant peu à peu un puzzle monumental dépassant largement la simple anecdote. Kvothe est un génie, un musicien hors pair, et certes, un héros, mais Patrick Rothfuss n’oublie pas que, pendant un bon moment de l’histoire, Kvothe est aussi un adolescent, avec de la répartie, une fougue, et une grande inexpérience de l’amour. Son personnage est toujours sensible, et ne s’éloigne jamais du lecteur pour devenir… trop.

Patrick Rothfuss a travaillé sur son histoire pendant une quinzaine d’années. Autant d’années à traquer le bon mot, à s’interroger sur ses personnages, à faire du détail un art – un art qui fasse sens. Ce n’est pas un hasard si une des disciplines les plus mystérieuses et plus puissantes que Kvothe finit par appréhender se fait avec Elodin, le Maître Nommeur : revenir au mot, à la base la plus totale pour comprendre le monde. Ce livre est humble. L’épique des situations ne se situe pas dans une guerre qui décidera de la domination du bien ou du mal. L’épique se situe dans la simplicité, dans un rythme humain qui confère aux personnages encore plus d’honneur. Le prologue en est le plus parfait exemple.

Patrick Rothfuss signe un premier grand roman et offre un nouveau visage à la fantasy, plus contemplatif, serein, et incroyablement poétique. Les hordes de lecteurs trépignent d’ores et déjà d’impatience… Et ne faites pas les fiers ! Vous ferez bientôt partie de leurs rangs.

The Name of the Wind

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Je me rends compte que je poste vraiment peu ici. Mais à chaque fois que j’en ressens l’envie, le besoin, c’est qu’il s’est passé quelque chose qui m’a touché tout au fond. Et c’est un régal de voir la palette de claques différentes que la littérature peut offrir. Et une fois de plus, résumer une oeuvre pareille s’avère un graoumrf d’exercice… Let’s try.

 

Cette fois-ci c’est l’histoire d’un homme mystérieux dénommé Kvothe qui m’amène ici. Beaucoup de gens parlent de lui. Vous en avez peut-être même déjà entendu des bribes… Il aurait brûlé des villes entières, serait immortel, ne saignerait jamais, tutoierait des dieux, aurait ravi les plus belles femmes du monde entier, et ce dans l’ordre qu’il vous sied. Kvothe serait devenu une légende.

Kvothe est une légende. Si on veut.

L’histoire commence vraiment à partir du moment où un étrange voyageur se retrouve dans une auberge, perdue dans la brousse. A la quête de la vérité. A la quête d’une histoire qu’il ne veut pas voir sombrer dans l’oubli. Un homme mûr, usé, mais d’une simplicité débordant de sollicitude tient l’auberge et l’accueille comme il se doit. Cet homme qui ne laisserait pas présager plus que sa fonction semble lui accorder. Et pourtant… Ainsi commence le récit. Le récit de la vie de Kvothe, alors jeune fils d’un ménestrel hors du commun, membre de la Edema Ruh, artistes de leurs vies préférant voyager en permanence sur les routes, même si leurs talents les amène jusque dans les plus hautes cours du monde. Jusqu’au drame qui forcera le garçon à devoir se débrouiller par lui-même dans une société impitoyable. And so on.

The Name of the Wind, dans sa version de poche britannique.

The Name of the Wind, dans sa version de poche britannique.

Ce livre fourmille de petits Riens. D’anecdotes. De petites histoires qui semblent sans importance, mais elles constituent l’énorme richesse de cette histoire. Je ne saurais dénombrer le nombre de sourires, de tournures de phrases exquises que m’a offert ce livre. Kvothe n’est pas un personnage parfait, loin s’en faut ; mais il dégage cette impression de génie qui fascine, sans que jamais je ne sois éjecté de l’ambiance par une situation trop improbable, ou par ces éternels coups de chance dont les héros sont de grands habitués. C’est de la fantasy, certes, il y a des éléments surnaturels, un peu, et justement c’est ce que j’ai apprécié : le « un peu ». La « magie » n’est pas au centre du bouquin. J’ai été scotché par l’arrivée d’une certaine explication vers les 3/4 du livre (je pense que ceux qui l’ont lu me comprendront). Complétement imprévue. Douce et violente. Vive. L’autre élément est que l’on prend l’envers des légendes, l’envers des récits fantasmés ; et être témoin du cheminement qui a eu lieu entre les faits et ce que les folks retiennent est d’une pure jouissance. Mais au final, je dirais que ce qui compte le plus, dans The Name of the Wind c’est Kvothe et ses emmerdes. Et rassurez-vous, il en a à foison !

Enfin, j’ajouterai que cela faisait des années que je nourrissais une envie de lire en anglais (a fortiori dans la langue originelle), et je me suis pris claque sur claque. Rothfuss a un style très épuré, très littéraire (et j’entends par là que c’est un anglais auquel je n’avais pas été confronté avant, construit avec une saveur d’ancien, de style qui se libère), et il ose même à de très rares reprises de jouer avec les mots. Autant vous dire que me suis ré-ga-lé du début à la fin. \o/

Vivement le suivant, que je me suis empressé de me procurer 😀 (une des premières fois que cela m’arrive avec tant de ferveur !) – en anglais toujours -, parce que oui Rothfuss a prévu une trilogie, dont Le Nom du Vent (pour les franchouillards), serait le premier tome.

Si comme moi auparavant vous êtes réticents/sceptiques vis à vis de la Fantasy, ce livre va à coup sûr vous retourner. Vous m’en direz des nouvelles… ?  🙂

Nos étoiles sensibles

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Il y a plusieurs types de littératures jeunesse. M’étant souvent (et surtout) attardé par le passé sur le combo fantastique/heroic-fantasy, j’ai qu’à de très rares occasions approché ce type de roman. Celui-là même que je qualifierais de sensible. Parce que l’essentiel dans ce genre littéraire n’est pas l’histoire ni le contexte ni même le monde dans lequel cela ça se passe. L’essentiel est que les sentiments brassés par les personnages principaux viennent s’incruster au sein de notre fibre de lecteur, que les systèmes nerveux combinés des personnages et des lecteurs ne fassent plus qu’un. Et entrent en résonances profondes.

Trois titres, trois expériences, me viennent en tête. Tous lus ces six derniers mois :

Ecoute battre mon cœur (Nathalie le Gendre), Le monde de Charlie (Stephen Chbosky), et le dernier en date : Nos Etoiles Contraires (John Green).

Ecoute Battre mon Coeur   Le Monde de Charlie   Nos Etoiles Contraires

Ce dernier raconte l’ardeur de Hazel, jeune fille de 17 ans, atteinte depuis des années d’un grave cancer des poumons, très sûrement surdouée, et délicieusement spéciale. Entre sa mère qui passe son temps à trouver toutes sortes d’excuses pour fêter la vie, les cadeaux-cancer, son troisième meilleur ami qui est l’auteur de son livre préféré – ce dernier qu’elle passe son temps à relire, parlant sans pudeur de la mort, alors que comme elle le dit elle-même son auteur « n’était même pas mort » – et les visionnages défouloirs quasi-thérapeutiques sur Top Model USA.

Tout commence alors qu’a lieu la réunion hebdomadaire dans le cœur littéral de Jésus – où un groupe de jeunes malades partagent leurs espoirs comme désespoirs. C’est là qu’Augustus fait son apparition : jeune homme en rémission complète d’un cancer à la jambe dont Hazel ne reste pas insensible bien longtemps. Partage de rêves, partage complètement non censurés de la vision de la maladie selon tous les points de vue – et le tout sans aucun mélodrame, et avec un humour extraordinaire. Et non pas un humour d’ados désespérés, mais au contraire de deux âmes qui débordent de vie.

Une phrase qui revient à plusieurs reprises dans le livre est : « Sans souffrance comment connaître la joie ? ». Nos Etoiles Contraires nous parle effectivement de ce que l’on peut chacun, qui que l’on soit, accomplir – autant que de ce qui nous lie aux autres, que l’on le veuille ou non. Au travers des relations parents-enfants, relations amoureuses, relations à la société. Il nous parle directement par le cœur, le plus universellement beau des langages.

Chronique – les Oniriques de Lyon !

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Onirique (adj) : relatif aux rêves. Synonyme : imaginaire. Les Oniriques : nouveauté 2013 des rencontres littéraires mêlant fantasy, conte, fantastique et science-fiction !

Pendant trois jours se sont succédés entre la médiathèque et la maison des associations de Meyzieu, banlieue est de Lyon, auteurs, illustrateurs, débats, projections, interludes musicaux, expositions et compagnies médiévales-fantastiques en tous genres. L’occasion pour beaucoup d’entre eux de « relancer » la saison des salons, des dédicaces et des représentations, après un hiver traditionnellement toujours riche créations et en projets personnels.

Parmi les invités l’on a entre autres retrouvé le désormais célèbre John Lang, créateur de l’univers rôlistiquement-débile Naheulbeuk, les illustrateurs de renom Gilles Francescano et Philippe-Henri Turin, tous deux exposés à la médiathèque, la fougueuse auteure jeunesse Nathalie Le Gendre, ou encore à l’honneur le grand Ayerdhal et sa chère et tendre Sara Doke.

Cette liste ne dépassait pas la quarantaine, ce qui classe les Oniriques dans la catégorie des « petits salons », où lecteurs et auteurs détiennent vraiment les moyens de se rencontrer et qu’ainsi soit permis un véritable échange. J’aime ces salons à taille humaine, à des lieues du salon démesuré de Paris, ou même des Utopiales (la grand-messe française de la science-fiction) organisé dans le palais des congrès de Nantes. Les « gros salons » rameutent les têtes qui vont avec, certes, mais à quel prix ? Quel intérêt d’aller venir voir ces auteurs qui daignent à peine lever les yeux pour vous signer votre bouquin ? Quel intérêt d’aller se faire apposer comme un tampon sur un passeport, la marque d’une non-rencontre avec ces personnes qui ne font aucun cas de leur statut d’auteur ?

J’observe depuis quelques temps la naissance de plus en plus d’événements de plus petite envergure, que ce soit dans l’imaginaire ou le polar, et je m’en réjouis. Donner la parole à tous les éditeurs, dont ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir un stand dans les grandes foires au livre est important. Par souci de diversité comme de justice et de justesse. De plus, j’ose croire que c’est le signe de la bonne santé du milieu, et que le livre a de beaux jours devant lui. Alors de plus en tablant sur Lyon, foyer de foule d’artistes entre les années 80 et 2000, les Oniriques marquent vraiment un très bon départ. Un grand merci à Frédéric Morwen Malvesin d’avoir eu le courage et la volonté d’aller jusqu’au bout de son projet – je ne lui souhaite que la plus longue vie possible. Rendez-vous l’année prochaine ?

Les Oniriques !

It’s time to Noon

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Pollen – Jeff Noon
Cover by Corinne Billon

« Obscurité. L’obscurité était une respiration de fleur. »

Manchester. Des nuées de pollen envahissent la ville. La mort étrange d’un homme-chien dont les poumons sont devenus le terreau d’une fleur. La fuite passionnelle d’une X-Cab rebelle dans les méandres de ses propres contradictions. La quête et l’amour inconditionnel d’une mère prête à affronter la mort jusqu’à Sir John Barleycorn. La crise d’un monde où rêve signifie Vurt, et où les contes, de facto, se meurent.

A chaque Noon, c’est un plongeon total.

Immersion comme je les aime, aucune explication « gratuite » ou simpliste ; c’est au lecteur de prendre le tourbillon et de saisir au bon moment tel ou tel appui et de perpétuellement rebondir.

Noon a le sens du merveilleux et même si ce livre n’est pas classé en jeunesse ou conte, on sent une écriture légère, néanmoins franche, qui nous fait retomber dans ces mondes puérils, avec la force et la noirceur que convoient trop naturellement la vie adulte.

Noon nous fait même ressentir l’ambiance du temps de partage entre un parent et son enfant, le soir avant que ce dernier s’endorme (ou afin que celui-ci daigne ENFIN dormir – #supposition_de_situation_réelle). On se sent comme materné, jusque dans le cœur de l’histoire, où Sybil nous accompagnerait dans ce monde hostile, nous rassurant de sa force tranquille et de sa douceur infinie.

Noon nous fait replonger dans l’enfance, sans même que nous en rendions compte.

Et pourtant, ses mondes sont loin d’être ceux traditionnellement racontés aux jeunes enfants intréprides…

Ce roman est à évidemment lier à Vurt, partageant le même imaginaire, à savoir un monde en plein crackage, où pour rêver les gens s’enfoncent des plumes dans la gorge, où ombres chiens hommes et robots se mêlent à armes égales dans un combat pour (ou contre) la pureté, le tout orchestré dans un Manchester complétement revisité.

Si vous voulez suivre les Chevaliers du Speed, et aller jusqu’à chercher au delà des rêves transcendants le réel… Rentrez dans le Vurt.

Vurt – Jeff Noon
Cover by Corinne Billon

And kiff the wave, baby.

(Et, vous l’aurez peut-être dores et déjà deviné, c’est de la production La Volte.)

Ah ben oui on se refait pas… 😉

Critique Aucun Souvenir Assez Solide – Alain Damasio

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Illustration de couverture : Stéphanie Apparicio.

Aucun souvenir assez solide… Hormis celui de la trace d’un maestro du langage, d’une plume engagée à en entailler ces sociétés d’avenir, tantôt plongées dans une privatisation dominante du lexique disponible, tantôt noyées sous un flot lumineux permanent, dans ce spectre de contrôle ininterrompu de l’individu avilissant et pervers à souhait.

 

Damasio nous emmène au cœur des plus vives subversions, de ces garants de l’humanité et de la vibration, maîtres artistes, scribouilleurs entre autres chats. On y strie le monde, assumant tour à tour la quête de l’humain (en suivant un père cherchant sa fille jusqu’aux enfers ou celle d’un homme traquant un semblant d’humanité dans un Paris dévasté), comme celles de l’art au cœur (comme la force d’écrire à l’exponentiel palpable du monde le Livre, ou encore de combattre ses démons inspirateurs sur toile de furtivité.)

Ce recueil n’est pas un cocktail de la Horde du Contrevent relevée à la Zone du Dehors. Ces 10 nouvelles témoignent d’une course ininterrompue contre le médiocre thé tiède, au gré de défis d’écriture que l’auteur s’impose comme contraintes. Ce n’est pas pour autant qu’Alain Damasio verse dans l’universitairement fourché, rassurez-vous.

Le complexe permet, bien au contraire, la réflexe.

Courez !

C’est à La Volte, et dans toutes les plus respectables librairies !