My 3rd training

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(Here’s the link for the french version ! Cliquez ici pour la version française !)

The Plum Village way of practicing meditation is one of my essentials for life. Full of little things, many gifts of wisdom to apply in the present, for one’s self, for everyone, while bounding to the others and to the unverse. I’m practicing for 5 years, and this practice accompanies me daily in so much things. In order for people to get deeper into the practice without living a monastic life, 5 trainings have been proposed by Thich Nhat Hanh, the Vietnamese monk that build this tradition. 5 trainings to think of, to try to understand, to live more free, more consciously. He wrotes :

 » The Five Mindfulness Trainings are one of the most concrete ways to practice mindfulness. They are nonsectarian, and their nature is universal. They are true practices of compassion and understanding. All spiritual traditions have their equivalent to the Five Mindfulness Trainings. The first training is to protect life, to decrease violence in oneself, in the family and in society. The second training is to practice social justice, generosity, not stealing and not exploiting other living beings. The third is the practice of responsible sexual behavior in order to protect individuals, couples, families and children. The fourth is the practice of deep listening and loving speech to restore communication and reconcile. The fifth is about mindful consumption, to help us not bring toxins and poisons into our body or mind. » Thich Nhat Hanh

======> If you want to read the full 5 mindfulness trainings, click here <======

However, in these 5 trainings, we often discuss the 3rd one. It is about True Love, but the way it’s written, what it conveys can touch, hurt, impress or cringe. Here it is :

 » Aware of the suffering caused by sexual misconduct, I am committed to cultivating responsibility and learning ways to protect the safety and integrity of individuals, couples, families, and society. Knowing that sexual desire is not love, and that sexual activity motivated by craving always harms myself as well as others, I am determined not to engage in sexual relations without true love and a deep, long-term commitment made known to my family and friends. I will do everything in my power to protect children from sexual abuse and to prevent couples and families from being broken by sexual misconduct. Seeing that body and mind are one, I am committed to learning appropriate ways to take care of my sexual energy and cultivating loving kindness, compassion, joy and inclusiveness – which are the four basic elements of true love – for my greater happiness and the greater happiness of others. Practicing true love, we know that we will continue beautifully into the future. »

This training has some good points : it’s LBGTQI+ friendly, it makes the distinction between sex and love… but out of this, I found it problematic on several levels : it protects the institutions (and beyond them, patriarchy) in the implicit speech that puts the couple as the only way possible. It also speaks of the violence done to children, but what about every other being that are victims of abuse ? of sexual harrassment ?

So after lots of discussions and sharings about this topic (thanks Estelle :)),I decided to re-write it. To propose a new version, more adapted to here and now, to a larger point of view, more inclusive.

My 3rd training

  • Aware of the many faces that love could have, I commit myself to cultivating the opening of my heart in order to take care of myself and the others. I recognize the importance of clear consent in my relationships and the importance of respect toward the others as toward myself.
  • I know that the sexual desire and love are two separate things, and that sexual encounters based on greed cause suffuring on both sides. Also I’m willing to remember that love in a relationship doesn’t always have romantic characteristic, either exclusive, nor sexual.
  • Aware that true love is a path that deepens and brightens with time and experience, I am decided to welcome the difficulties encountered so that they could help me blossom.
  • Aware that the body and the mind are one, I commit myself to learning the appropriate means to manage my sexual energy. In the same way, I will learn to recognize and transform my seeds of jealousy with the help of compersion.
  • Conscious of taboos in our society, I acknowledge that love and sexuality are discussing topics – our practice allows us to approach them in open spaces without judgment.
  • I will do my best to prevent and protect the people close to me from harassment and sexual abuses, by being here beside the victims and by enquiring about the systemic character of the rape culture.
  • I commit myself to developing loving kindness, compassion, joy and non-discrimination in me, for my greater happiness and the greater happiness of others.
  • Practicing true love, we know that we will continue beautifully into the future.

Tell me what you think !

Thibaut

Mon 3e entrainement

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(Voici le lien vers la version anglophone ! Here’s the link for the english version !)

La pratique de la méditation du Village des Pruniers fait partie de mes essentiels. Pleine de petites joyaux de liberté, pour ancrer ses racines dans le présent, en soi-même, et le tout en étant lié aux autres et à l’univers. Cela fait 5 ans qu’elle m’accompagne au quotidien dans tellement de petits choses. Dans cette pratique, il y a 5 entrainements, 5 grandes idées-valeurs à laquelle s’entraîner, jour après jour, sur lesquels réfléchir. Thay, le moine bouddhiste à l’origine de cette tradition, les présente très bien ici :

« Les Cinq Entraînements à la Pleine Conscience sont une des façons les plus concrètes de pratiquer la pleine conscience. Ils sont non-sectaires et de nature universelle. Ils sont la véritable pratique de la compassion et de la compréhension. Toutes les traditions spirituelles ont leur équivalent des Cinq Entraînements à la Pleine Conscience. Le premier entraînement est de protéger la vie, de décroître la violence en soi-même, dans la famille et dans la société. Le deuxième entraînement est de pratiquer la justice sociale, la générosité, de ne pas voler et de ne pas exploiter les autres êtres vivants. Le troisième est la pratique d’une sexualité responsable pour protéger les individus, les couples, les familles et les enfants. Le quatrième est la pratique de l’écoute profonde et la parole aimante pour restaurer la communication et pouvoir se réconcilier. Le cinquième est à propos de la consommation consciente, nous aidant à ne pas amener de toxines et de poisons dans notre corps et notre esprit. » Thich Nhat Hanh

======> Pour lire les 5 entrainements dans le détail, cliquez ici. <======

Dans ces 5 entrainements toutefois, souvent le 3ème entrainement est discuté, débattu. Il touche, il heurte, il nous impressionne, il nous crispe. Je vous le mets ici, il s’intitule Amour Véritable :

« Conscient-e de la souffrance provoquée par une conduite sexuelle irresponsable, je suis déterminé-e à développer mon sens de la responsabilité et à apprendre à protéger l’intégrité et la sécurité de chaque individu, des couples, des familles et de la société. Je sais que le désir sexuel et l’amour sont deux choses distinctes, et que des relations sexuelles irresponsables, motivées par l’avidité, causent toujours de la souffrance de part et d’autre. Je m’engage à ne pas avoir de relation sexuelle sans amour véritable ni engagement profond, durable et connu de mes proches. Je ferai tout mon possible pour protéger les enfants des abus sexuels et pour empêcher les couples et les familles de se désunir par suite de comportements sexuels irresponsables. Sachant que le corps et l’esprit vont à l’unisson, je m’engage à apprendre les moyens appropriés de gérer mon énergie sexuelle. Je m’engage à développer la bonté aimante, la compassion, la joie et la non-discrimination en moi, pour mon propre bonheur et le bonheur d’autrui. Je sais que la pratique de ces quatre fondements de l’amour véritable me garantira une continuation heureuse dans l’avenir. »

Cet entraînement a des bonnes choses pour lui : il a l’avantage d’être ouvert sur les amours LGBTQI+, il fait la distinction entre le désir sexuel et l’amour… Mais en-dehors de ça, je le trouve problématique sur plusieurs points : la défense des institutions (et, au-delà du patriarcat) au travers du discours sous-jacent qui place le couple comme seule voie possible. Il évoque les violences faite aux enfants mais quid des violences sexuelles, quelle que soit la personne qui la subit ?

Après de nombreuses discussions et divers partages sur le sujet (merci Estelle ;)), je me suis décidé à le réécrire. Proposer une nouvelle version, plus adaptée à l’ici et maintenant, à un point de vue plus large, plus inclusif, et, je l’espère, plus conscient.

Mon 3ème entrainement

  • Conscient·e de l’infinité des facettes que compte l’amour, je m’engage à cultiver mon ouverture du cœur afin de prendre soin de moi-même et des autres. Je reconnais la primordialité du consentement éclairé dans mes relations, ainsi que du respect envers les autres comme envers moi-même.
  • Je sais que le désir sexuel et l’amour sont deux choses distinctes, et que des relations sexuelles motivées par l’avidité causent de la souffrance de part et d’autre. Par ailleurs, je veillerai à me souvenir que l’amour dans une relation n’a pas toujours de caractère amoureux, ni exclusif, ni sexuel.
  • Sachant que l’amour véritable est un chemin qui s’approfondit et s’embellit avec le temps et l’expérience, je suis déterminé·e à accueillir les difficultés rencontrées afin qu’elles m’aident à m’épanouir.
  • Sachant que le corps et l’esprit vont à l’unisson, je m’engage à apprendre les moyens appropriés de gérer mon énergie sexuelle. De la même façon, j’apprendrai à reconnaître et à transformer mes graines de jalousie avec l’aide de la compersion.
  • Conscient·e des tabous à l’œuvre dans notre société, je reconnais que l’amour et la sexualité sont des sujets sur lesquels partager – la pratique nous permettant de les aborder dans des espaces ouverts et sans jugement.
  • Je ferai mon possible pour prévenir et protéger mon entourage du harcèlement et des agressions sexuelles, en étant présent auprès des victimes et en m’informant sur le caractère systémique de la culture du viol.
  • Je m’engage à développer la bonté aimante, la compassion, la joie et la non-discrimination en moi, pour mon propre bonheur et le bonheur d’autrui.
  • Je sais que la pratique de ces quatre fondements de l’amour véritable me garantira une continuation heureuse dans l’avenir.

Vous me dites ce que vous en pensez ? 🙂

Thibaut

Manifeste

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C’est à petit pas que l’on avance.

La Volte, la Volution, c’est un idéal. C’est une force vive, un feu à chérir, mais pas une fin en soi. La justesse se trouve dans l’écoute, dans l’échange et dans le pas à pas. « On n’est pas si mal… » ATTENTION !! Attention au mythe de la « souffrance » (cf le monologue de Capt qui estime que parce que l’on souffre moins qu’auparavant on devrait fermer nos gueules et laisser filer).

Mais c’est savoir agir, non pas sur pur stimulis, mais par conviction profonde – tout en étant pas assez con pour rester vrillé à 300% dessus. C’est accepter d’avoir tort – pour peu que l’on soit honnête en face. Sinon c’est se battre. C’est s’entraîner. C’est ne pas oublier. C’est chérir l’instant, c’est être très exigeant, être dur avec soi-même un temps, puis après se récompenser.

C’est ça.

Vivre.

Juste.

Etre un volté. C’est pas forcément être un zadiste de toutes les manifs, non. Ce serait extrêmement réducteur. C’est inventer ! Oser ! Secouer les normes ! Être humain. Défendre l’humain. Et toujours voir plus loin…

PS : et ne pas s’en vouloir le soir d’être trop fatigué pour sauver de lui-même le monde entier.

Rainbow at dawn

Critique « Le Nom du Vent », Patrick Rothfuss

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Le Nom du Vent

Les préjugés sont tenaces ; la littérature ne fait pas exception. Nombreux sont les « sous-genres », soi-disant dénués de sérieux, de valeurs (vous savez, on peinerait même à appeler ça de la littérature). La science-fiction en est sans doute l’étendard avec sa sœur de toujours : la fantasy. On a affublé à cette dernière des montagnes de codes, marqués par des siècles de chefs d’œuvres et de contes. Ceux d’Homère, J.R.R Tolkien, C.S. Lewis ou encore George R.R. Martin, qui touchent aux mondes en-dehors de toute réalité, régis par leurs propres règles, par la magie ou la présence récurrente d’elfes, nains, dragons en tous genres. Rajoutez à votre préparation un orphelin, un assassin, une prophétie oubliée et ça y est : vous pouvez vous aussi vous lancer – et adjoindre votre ouvrage aux côtés de centaines (milliers ?) d’autres publiés suite à l’engouement provoqué par le Seigneur des Anneaux.

Voyez : on pourrait dire du livre de Patrick Rothfuss que c’est l’histoire d’un jeune garçon dans un monde parallèle qui a connu une enfance tragique et qui veut tout faire pour apprendre la magie dans une école pour venger ses parents. (Cela ne vous rappelle rien ?) Mais ce n’est pas ça qui est important. Ce qui est très important c’est que ce travers scénaristique… n’est qu’un travers scénaristique ! Et que ce n’est en rien lui qui détermine si un livre sera bon ou non, et ce de même pour un film. Le Nom du Vent excelle par ses petites choses. Toutes ces scènes, ces pépites, ces tours de phrases qui tirent immanquablement un sourire.

Le livre repose sur le personnage principal, Kvothe, qui nous raconte sa propre histoire dans le présent, alors qu’il se terre dans une auberge et cherche à se faire oublier. On sait que des légendes à son sujet s’essaiment dans le monde entier depuis des années, comme on raconterait un mythe datant de la nuit des temps. le_nom_du_vent_original_artworkDes légendes que Kvothe a en partie construites, au fil de sa jeunesse, qu’il retrace chronologiquement pour Chroniqueur, un scribe désirant connaître la véritable histoire. On a ainsi la vision de ce héros usé sur lui-même, qui n’hésite pas à offrir des détails savoureux composant peu à peu un puzzle monumental dépassant largement la simple anecdote. Kvothe est un génie, un musicien hors pair, et certes, un héros, mais Patrick Rothfuss n’oublie pas que, pendant un bon moment de l’histoire, Kvothe est aussi un adolescent, avec de la répartie, une fougue, et une grande inexpérience de l’amour. Son personnage est toujours sensible, et ne s’éloigne jamais du lecteur pour devenir… trop.

Patrick Rothfuss a travaillé sur son histoire pendant une quinzaine d’années. Autant d’années à traquer le bon mot, à s’interroger sur ses personnages, à faire du détail un art – un art qui fasse sens. Ce n’est pas un hasard si une des disciplines les plus mystérieuses et plus puissantes que Kvothe finit par appréhender se fait avec Elodin, le Maître Nommeur : revenir au mot, à la base la plus totale pour comprendre le monde. Ce livre est humble. L’épique des situations ne se situe pas dans une guerre qui décidera de la domination du bien ou du mal. L’épique se situe dans la simplicité, dans un rythme humain qui confère aux personnages encore plus d’honneur. Le prologue en est le plus parfait exemple.

Patrick Rothfuss signe un premier grand roman et offre un nouveau visage à la fantasy, plus contemplatif, serein, et incroyablement poétique. Les hordes de lecteurs trépignent d’ores et déjà d’impatience… Et ne faites pas les fiers ! Vous ferez bientôt partie de leurs rangs.

The Name of the Wind

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Je me rends compte que je poste vraiment peu ici. Mais à chaque fois que j’en ressens l’envie, le besoin, c’est qu’il s’est passé quelque chose qui m’a touché tout au fond. Et c’est un régal de voir la palette de claques différentes que la littérature peut offrir. Et une fois de plus, résumer une oeuvre pareille s’avère un graoumrf d’exercice… Let’s try.

 

Cette fois-ci c’est l’histoire d’un homme mystérieux dénommé Kvothe qui m’amène ici. Beaucoup de gens parlent de lui. Vous en avez peut-être même déjà entendu des bribes… Il aurait brûlé des villes entières, serait immortel, ne saignerait jamais, tutoierait des dieux, aurait ravi les plus belles femmes du monde entier, et ce dans l’ordre qu’il vous sied. Kvothe serait devenu une légende.

Kvothe est une légende. Si on veut.

L’histoire commence vraiment à partir du moment où un étrange voyageur se retrouve dans une auberge, perdue dans la brousse. A la quête de la vérité. A la quête d’une histoire qu’il ne veut pas voir sombrer dans l’oubli. Un homme mûr, usé, mais d’une simplicité débordant de sollicitude tient l’auberge et l’accueille comme il se doit. Cet homme qui ne laisserait pas présager plus que sa fonction semble lui accorder. Et pourtant… Ainsi commence le récit. Le récit de la vie de Kvothe, alors jeune fils d’un ménestrel hors du commun, membre de la Edema Ruh, artistes de leurs vies préférant voyager en permanence sur les routes, même si leurs talents les amène jusque dans les plus hautes cours du monde. Jusqu’au drame qui forcera le garçon à devoir se débrouiller par lui-même dans une société impitoyable. And so on.

The Name of the Wind, dans sa version de poche britannique.

The Name of the Wind, dans sa version de poche britannique.

Ce livre fourmille de petits Riens. D’anecdotes. De petites histoires qui semblent sans importance, mais elles constituent l’énorme richesse de cette histoire. Je ne saurais dénombrer le nombre de sourires, de tournures de phrases exquises que m’a offert ce livre. Kvothe n’est pas un personnage parfait, loin s’en faut ; mais il dégage cette impression de génie qui fascine, sans que jamais je ne sois éjecté de l’ambiance par une situation trop improbable, ou par ces éternels coups de chance dont les héros sont de grands habitués. C’est de la fantasy, certes, il y a des éléments surnaturels, un peu, et justement c’est ce que j’ai apprécié : le « un peu ». La « magie » n’est pas au centre du bouquin. J’ai été scotché par l’arrivée d’une certaine explication vers les 3/4 du livre (je pense que ceux qui l’ont lu me comprendront). Complétement imprévue. Douce et violente. Vive. L’autre élément est que l’on prend l’envers des légendes, l’envers des récits fantasmés ; et être témoin du cheminement qui a eu lieu entre les faits et ce que les folks retiennent est d’une pure jouissance. Mais au final, je dirais que ce qui compte le plus, dans The Name of the Wind c’est Kvothe et ses emmerdes. Et rassurez-vous, il en a à foison !

Enfin, j’ajouterai que cela faisait des années que je nourrissais une envie de lire en anglais (a fortiori dans la langue originelle), et je me suis pris claque sur claque. Rothfuss a un style très épuré, très littéraire (et j’entends par là que c’est un anglais auquel je n’avais pas été confronté avant, construit avec une saveur d’ancien, de style qui se libère), et il ose même à de très rares reprises de jouer avec les mots. Autant vous dire que me suis ré-ga-lé du début à la fin. \o/

Vivement le suivant, que je me suis empressé de me procurer 😀 (une des premières fois que cela m’arrive avec tant de ferveur !) – en anglais toujours -, parce que oui Rothfuss a prévu une trilogie, dont Le Nom du Vent (pour les franchouillards), serait le premier tome.

Si comme moi auparavant vous êtes réticents/sceptiques vis à vis de la Fantasy, ce livre va à coup sûr vous retourner. Vous m’en direz des nouvelles… ?  🙂

Nos étoiles sensibles

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Il y a plusieurs types de littératures jeunesse. M’étant souvent (et surtout) attardé par le passé sur le combo fantastique/heroic-fantasy, j’ai qu’à de très rares occasions approché ce type de roman. Celui-là même que je qualifierais de sensible. Parce que l’essentiel dans ce genre littéraire n’est pas l’histoire ni le contexte ni même le monde dans lequel cela ça se passe. L’essentiel est que les sentiments brassés par les personnages principaux viennent s’incruster au sein de notre fibre de lecteur, que les systèmes nerveux combinés des personnages et des lecteurs ne fassent plus qu’un. Et entrent en résonances profondes.

Trois titres, trois expériences, me viennent en tête. Tous lus ces six derniers mois :

Ecoute battre mon cœur (Nathalie le Gendre), Le monde de Charlie (Stephen Chbosky), et le dernier en date : Nos Etoiles Contraires (John Green).

Ecoute Battre mon Coeur   Le Monde de Charlie   Nos Etoiles Contraires

Ce dernier raconte l’ardeur de Hazel, jeune fille de 17 ans, atteinte depuis des années d’un grave cancer des poumons, très sûrement surdouée, et délicieusement spéciale. Entre sa mère qui passe son temps à trouver toutes sortes d’excuses pour fêter la vie, les cadeaux-cancer, son troisième meilleur ami qui est l’auteur de son livre préféré – ce dernier qu’elle passe son temps à relire, parlant sans pudeur de la mort, alors que comme elle le dit elle-même son auteur « n’était même pas mort » – et les visionnages défouloirs quasi-thérapeutiques sur Top Model USA.

Tout commence alors qu’a lieu la réunion hebdomadaire dans le cœur littéral de Jésus – où un groupe de jeunes malades partagent leurs espoirs comme désespoirs. C’est là qu’Augustus fait son apparition : jeune homme en rémission complète d’un cancer à la jambe dont Hazel ne reste pas insensible bien longtemps. Partage de rêves, partage complètement non censurés de la vision de la maladie selon tous les points de vue – et le tout sans aucun mélodrame, et avec un humour extraordinaire. Et non pas un humour d’ados désespérés, mais au contraire de deux âmes qui débordent de vie.

Une phrase qui revient à plusieurs reprises dans le livre est : « Sans souffrance comment connaître la joie ? ». Nos Etoiles Contraires nous parle effectivement de ce que l’on peut chacun, qui que l’on soit, accomplir – autant que de ce qui nous lie aux autres, que l’on le veuille ou non. Au travers des relations parents-enfants, relations amoureuses, relations à la société. Il nous parle directement par le cœur, le plus universellement beau des langages.

Chronique – les Oniriques de Lyon !

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Onirique (adj) : relatif aux rêves. Synonyme : imaginaire. Les Oniriques : nouveauté 2013 des rencontres littéraires mêlant fantasy, conte, fantastique et science-fiction !

Pendant trois jours se sont succédés entre la médiathèque et la maison des associations de Meyzieu, banlieue est de Lyon, auteurs, illustrateurs, débats, projections, interludes musicaux, expositions et compagnies médiévales-fantastiques en tous genres. L’occasion pour beaucoup d’entre eux de « relancer » la saison des salons, des dédicaces et des représentations, après un hiver traditionnellement toujours riche créations et en projets personnels.

Parmi les invités l’on a entre autres retrouvé le désormais célèbre John Lang, créateur de l’univers rôlistiquement-débile Naheulbeuk, les illustrateurs de renom Gilles Francescano et Philippe-Henri Turin, tous deux exposés à la médiathèque, la fougueuse auteure jeunesse Nathalie Le Gendre, ou encore à l’honneur le grand Ayerdhal et sa chère et tendre Sara Doke.

Cette liste ne dépassait pas la quarantaine, ce qui classe les Oniriques dans la catégorie des « petits salons », où lecteurs et auteurs détiennent vraiment les moyens de se rencontrer et qu’ainsi soit permis un véritable échange. J’aime ces salons à taille humaine, à des lieues du salon démesuré de Paris, ou même des Utopiales (la grand-messe française de la science-fiction) organisé dans le palais des congrès de Nantes. Les « gros salons » rameutent les têtes qui vont avec, certes, mais à quel prix ? Quel intérêt d’aller venir voir ces auteurs qui daignent à peine lever les yeux pour vous signer votre bouquin ? Quel intérêt d’aller se faire apposer comme un tampon sur un passeport, la marque d’une non-rencontre avec ces personnes qui ne font aucun cas de leur statut d’auteur ?

J’observe depuis quelques temps la naissance de plus en plus d’événements de plus petite envergure, que ce soit dans l’imaginaire ou le polar, et je m’en réjouis. Donner la parole à tous les éditeurs, dont ceux qui n’ont pas les moyens de s’offrir un stand dans les grandes foires au livre est important. Par souci de diversité comme de justice et de justesse. De plus, j’ose croire que c’est le signe de la bonne santé du milieu, et que le livre a de beaux jours devant lui. Alors de plus en tablant sur Lyon, foyer de foule d’artistes entre les années 80 et 2000, les Oniriques marquent vraiment un très bon départ. Un grand merci à Frédéric Morwen Malvesin d’avoir eu le courage et la volonté d’aller jusqu’au bout de son projet – je ne lui souhaite que la plus longue vie possible. Rendez-vous l’année prochaine ?

Les Oniriques !